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Synopsis (Source : allociné.fr) : Paris, Gare du Nord, tout peut y arriver, même des trains. On aimerait y rester, mais il faut se dépêcher… Comme des milliers de vies qui s’y croisent, Ismaël, Mathilde, Sacha et Joan vont s’y rencontrer. Chaque jour, Ismaël est ébloui, fasciné, épuisé par ce lieu. C’est sur le quai du RER qu’il voit Mathilde pour la première fois. Peu à peu, ils tombent amoureux. Ils croisent Sacha et Joan. Sacha est à la recherche de sa fille disparue, Joan passe sa vie dans cette gare entre Lille, Londres et Paris. La gare est comme une bulle que tous traversent, Français, immigrés, émigrés, voyageurs, fantômes… C’est un carrefour où chaque vie passe vite et disparaît.

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Claire Simon a choisi un cadre quotidien pour nous raconter son histoire : la Gare du Nord. Lieu ou non lieu ? Certains ne font qu’y passer, quotidiennement ou occasionnellement, alors que d’autres font partie du paysage. Ce no man’s land voit passer plusieurs personnes par jour, des individus étrangers les uns aux autres, qui se croisent continuellement sans jamais se regarder. Ismaël (Reda Kateb), un étudiant en sociologie, a choisi la gare pour son sujet de thèse. Il passe des heures, des jours dans cette gare, et aborde les voyageurs dans l’espoir d’enrichir ses notes. Il est l’élément perturbateur, mais aussi le point d’ancrage, la liaison entre tous ces voyageurs.

Soudain, il rencontre Mathilde aux abords de la gare Magenta. Elle est différente : elle l’écoute, elle lui parle sans méfiance, elle le regarde. Ils se donnent rendez-vous le lendemain, puis le jour suivant, pour visiter cette gare et ses habitants, qu’Ismaël connaît par cœur. Mathilde se laisse subjuguer par cet étudiant prometteur, et emporter dans ce tourbillon de la gare, qui jamais ne s’arrête.

Non loin de là, Sacha (François Damiens), cherche sa fille en fugue depuis plusieurs jours. Il erre dans cette gare et en explore chacune de ses tentacules, questionne le moindre individu, du simple passant à l’éternel abonné. Même si l’impatience et le désespoir le dévorent peu à peu, il ne démord pas pour autant, et fait la connaissance d’individus aussi farfelus que chaleureux.

Joan (Monia Chokri), écartelée entre sa famille absente et son travail d’agent immobilier qui ne la passionne pas, semble attendre d’éternels clients en retard. Dans l’expectative permanente, elle se lie plus ou moins à son entourage, qui semble la réconforter davantage que le souvenir encore frais des adieux de sa famille sur le quai de l’Eurostar.

Ces quatre individus, tous en quête de quelque chose, vont se rencontrer dans cette énorme fourmilière par la force des choses, et soudain se préoccuper de la cause de chacun, faire preuve d’empathie, d’humanisme, d’ouverture vers l’autre. Claire Simon met le doigt sur un constat réel et paradoxal : le trop-plein de monde n’incite guère au rapprochement. Elle a donc imaginé une gare où chacun est désireux de connaître l’autre, un monde où le contact humain ne fait plus peur.

En dépit de quelques longueurs sur la fin, le film n’en oublie jamais d’être poétique, rythmé et finement cocasse. On s’attache aux protagonistes sans trop s’en rapprocher, on se laisse gagner par leurs inquiétudes, souhaits, et craintes, et on sort de la salle presque agoraphobe, effet qui aurait pu être accentué par un huis clos complet. Néanmoins, les bribes de mots parfois étouffés par les crissements des trains et autres annonces sonores, nous immergent complètement dans l’univers de la Gare du Nord. Qu’on la connaisse de près ou de loin, les efforts de Claire Simon sont louables, car elle n’a pas hésite à explorer le lieu de fond en comble, afin de nous rendre à la fois voyageur, voyeur, fantôme, et public omniscient.

“Ici, c’est nulle part. Mais c’est comme un village.”

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