Jeezy

Jeezy

Il y a toujours eu quelque chose de plaintif dans la voix de Young Jeezy (désormais Jeezy), quelque chose qui rappelle à l’auditeur que ce rappeur n’est pas comme tant d’autres, que ce dont il parle dans ses chansons ne représente qu’à peine le dixième de ce qu’il a vécu. Voilà pourquoi peu importe la qualité de ses albums (Seen It All est déjà son septième), il en dégage toujours une sincérité et une honnêteté brutes, à même de convaincre les plus réticents auditeurs.

Dans cet album, Jeezy ne surprend pas. Il fait ce qu’il a toujours su faire de mieux : parler de ses histoires d’ancien dealer de crack avec des jeux de mots intelligents, mêlant à la fois egotrip, motivation (Enough), de nombreuses références à sa ville d’Atlanta et bien sûr ses fameux ad-libs ponctuant chacune de ses rimes.
Jeezy débute l’album seul en pilotage automatique, parfois nostalgique, mais toujours aussi charismatique. Le Snowman en profite même pour ajouter un surnom à sa collection avec Black Eskimo.
Mais le premier temps fort de l’album est bien Holy Ghost, morceau introspectif où Jeezy fait son autocritique, notamment sur son rôle de chef du label CTE (avant le succès du californien YG, la prise sous son aile du confirmé Freddie Gibbs fut un échec cuisant).

I started hustlin’ for draws and now there’s plaques on the walls
Think I’m sellin’ my soul? Then you can come get ’em all
Trade ’em all for my dawgs, yea, I’m talkin’ to you
Where did we go wrong? Because I don’t have a clue

Même si les histoires d’argent et d’amitié ne font que rarement bon ménage dans la musique, il se demande si tous ses déboires ne sont pas qu’une vengeance divine suite à ses agissements passés. Ceci confortablement installé dans sa Rolls, quand même.
Mais à peine le temps de se retourner sur son passé que Me OK ? remet les pendules à l’heure. Véritable rouleau compresseur, celui-ci s’appuie sur une production froide et agressive de l’éternel Drumma Boy. La première moitié de l’album se conclut sur une compo atmosphérique de Mike WiLL Made-It sur 4 Zones, où Jeezy clame une fois de plus sa passion pour le deal.

La deuxième moitié fait, elle, la part belle aux invités. Mais à la différence des rappeurs qui se contentent de multiplier les feats dans l’espoir de toucher un maximum de public, Jeezy reste maître des lieux.
Sortent du lot Seen It All, autre temps fort de l’album et nouvelle rencontre entre deux vieux briscards du deal de crack (rencontre autour d’un vieux sample… japonais), Win Is A Win, et Beez Like qui invite la légende Louisianaise Lil’ Boosie. Fraîchement sorti de prison, il offre une interprétation comme toujours pleine d’émotion et de sincérité sur les aléas de la vie de dealer ainsi que celle derrière les barreaux, avant que l’album ne se termine sur les cuivres d’How I Did It, parfaite conclusion à cet opus.
Un opus qui est jusqu’ici le plus abouti de sa carrière car plus mature dans ses choix artistiques ainsi que dans le traitement de sa vie d’ancien trafiquant, dont les anecdotes feront sourire encore longtemps.

Chronique by Florian Gilleron