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Depuis le 8 février, la chaîne américaine du câble AMC qui compte déjà les séries Mad Men et Breaking Bad, diffuse le spin off-prequel de cette dernière : Better Call Saul. Saul Goodman, c’est l’avocat malhonnête de Walter White dans son entreprise criminelle. On découvre l’identité sous son alias clinquant, six ans auparavant. Il se donne alors en spectacle dans les tribunaux indifférents du Nouveau Mexique en tant que commis d’office et squatte le cagibi d’un salon de beauté miteux. Il n’est encore que James McGill.


L’énigmatique flashforward d’ouverture précise que si Saul Goodman était le bouffon de Breaking Bad, Better Call Saul sera une série drôle, mais pas comique.

Les gesticulations de James McGill traduisent en fait son désespoir et un besoin de reconnaissance. Notamment dans la relation avec son frère, qu’il essaie de sauver d’un curieux surmenage et dont il sonde l’estime. Un grand avocat sombrant dans la folie, Chuck McGill se rapporte à Hank Schrader (Dean Norris dans Breaking Bad), cet américain moyen mais flic brillant qui constituait déjà une belle étude de personnage et une allégorie des destins modernes troubles.

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Better Call Saul, c’était un pari risqué pour Vince Gilligan, celui d’altérer l’héritage laissé par la grande fresque Breaking Bad. Scénariste formé au temple de la science-fiction X Files, il a développé cette métamorphose d’un prof de chimie malchanceux en Keyzer Söze de la frontière mexicaine avec Peter Gould, notamment, promu ici co-auteur grâce à son rôle dans la conception du personnage de Saul.

Et le pari est tenu, la série est un succès d’audience (record de la première pour une série du câble outre-atlantique, réunissant 6,9 millions de téléspectateurs) et surtout un triomphe artistique. James McGill est hilarant dans sa vie de magouilleur, émouvant avec les gens qu’il aime et chaque segment a son identité propre, comme l’épisode 6, un polar mélancolique qui revient sur le passé de Mike Ehrmantraut (Jonathan Banks, déjà dans Breaking Bad).

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Avec Breaking Bad, Gilligan et son équipe proposaient une lecture nouvelle des films de gangsters traditionnels : les films de cartels de drogue. The Counselor de Ridley Scott, Savages de Oliver Stone ou encore les Machete de Robert Rodriguez, tous sortis après le début de la série, partagent la même esthétique jaune orangée évoquant les déserts brûlants d’Amérique et les mêmes figures presque mythologiques.

À Albuquerque, les ratés Walter White et James McGill se révèlent par le nihilisme. Le premier finit Don et le second devient son Consigliere. Les auteurs interrogent d’ailleurs le spectateur, par le biais d’autorités morales comme Skyler ou Chuck, sur la complicité qu’induit la sympathie pour les actes criminels de White et de son avocat véreux. Better Call Saul promet d’être aussi ambitieuse que son ainée.


Pour Bob Odenkirk, l’homme de talent qui prête ses traits à James McGill, celui qui tient bon en attendant qu’on tourne enfin les yeux vers lui est comparable à son parcours de pilier discret des shows comiques depuis vingt ans. Pour l’acteur et Saul Goodman, il faut parfois attendre son tour.

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