[Interview] Vent de fraîcheur electro-pop avec Caraco

ItinéraireBis est partie à la rencontre de Caraco, jeune chanteuse electro-pop scintillante. L’occasion d’aborder son parcours, ses influences et ses actualités.



IB: Caraco, merci de répondre à nos questions. Peux-tu te présenter à nos lecteurs.

Mh… Par où commencer ? Un ASV c’est bien non ? Donc 24, femme, et Paris. Sinon je suis musicienne, je fais de la pop plutôt électronique sur disque, et un peu plus organique sur scène.


IB: une question évidente : pourquoi Caraco ? Un lien avec ces petits tops tout mignons ?

Tu sais à l’origine de l’origine, le caraco c’était tout aussi féminin mais moins mignon, ça désignait juste le haut des robes du XVIIIe siècle, des petites vestes à manches. Non en fait, j’aime beaucoup la sonorité de ce mot. On dirait un nom d’îles tropicales, ça sent les vacances et le sable chaud. Et puis avec toutes ces consonnes, le mot a pas mal de caractère. Ça contrebalance son aspect super-féminin. C’est un peu le prénom que je me suis choisie. Pas mal d’amis ne m’appelle plus que comme ça. Adieu ‘Alizée’.


IB: ton papa était musicien. Quel rôle a-t-il joué dans ton éducation musicale ?

Disons que je l’ai vu beaucoup travailler, mais il n’a jamais été insistant dans mon éducation musicale. Lorsque j’avais des questions techniques, il pouvait y répondre et ça c’était un vrai plus. Après, il a commencé en autodidacte, donc je pense qu’il préférait me laisser faire mon chemin, et moi aussi dans un sens. Finalement, c’est plus ma mère, plasticienne, qui m’a poussé à aller au conservatoire, faire du solfège… Ils se complétaient bien dans l’éducation pour cela.


IB: du coup, quelles ont été tes inspirations musicales (ou autres) durant ton enfance ? Des moments marquants ? La première fois que tu as pris un micro par exemple.

Ce que j’ai pu entendre enfant c’était beaucoup de jazz, de bossa, et de musique traditionnelle persane et turque. Finalement ça m’a nourrie, c’est indéniable, mais ma découverte de la pop, du rock, puis de l’électro s’est fait plutôt hors cadre-familial. Il y avait une médiathèque formidable à Hyères, la ville où j’ai grandi, j’y empruntais beaucoup de disques : The Slits, le Velvet, Le Tigre, Au revoir Simone, David Bowie…

Un moment marquant ? Ah oui ! La première fois que j’ai joué devant un public, c’était à 15 ans à Liverpool au Cavern Club (la salle où les Beatles ont joué pour la première fois, eux aussi), j’avais chanté ‘Hurt’, la version de Johnny Cash, et là je me suis dit : « Ce sera ça toute ma vie, promis John, Paul, George et Ringo ». Forcément, quand tu fais une promesse aux Beatles, t’es obligé de t’y tenir.


IB: un souvenir de ta première scène face à un public ? Un peu de stress j’imagine.

Si la première scène, c’était celle dont je viens de parler, oui j’étais morte de trouille. La première avec Caraco, ça allait hyper bien en revanche. Détendue comme jamais.


IB: personnellement, j’ai découvert ton univers avec le clip du titre « Chignon Secrétaire » pour lequel j’ai tout de suite adhéré. Comment s’est déroulé le tournage de ce premier clip ? Quel a été ton rôle ?

Merci beaucoup ! J’ai travaillé avec un réalisateur qui s’appelle Paul-Etienne Luca, et c’était un clip très familial. Victoria Rastello, une très bonne amie, est venue m’aider pour le stylisme, et s’est prêtée au jeu de la figuration. Esther, la brune, c’est ma partner in crime depuis la plus tendre enfance, et Océane, la sœur d’une amie. Quant aux tenues de lumière, elles venaient de chez Token, une jeune marque parisienne crée par des copines ! Bref que de l’amour. Je me suis occupée de la direction artistique. Pour tous mes visuels d’ailleurs j’essaie de superviser la DA. J’ai une idée assez précise de ce que je veux, et aurai du mal à laisser carte-blanche.


IB: justement, « Chignon Secrétaire » est issu de ton dernier EP « Cigale Superstar » sorti il y a 1 an. Une réelle satisfaction je suppose ?

Mh satisfaction, frustration… La frontière est mince haha ! Evidemment je suis fière d’être allée au bout de ce propos, mais ça a tellement bougé depuis que je suis assez impatiente de montrer la suite, et de dire « Caraco, c’est ça aussi ».


IB: il y a eu aussi cette cover hommage à Isabelle Adjani. Pourquoi ce choix ?

Je trouvais que le thème de la chanson était le prolongement de ce que racontais l’EP. Et puis j’entendais assez souvent des gens me comparer à elle, et je la connaissais pourtant très mal à ce moment-là. J’ai été assez fascinée par sa personne, notamment dans « L’été meurtrier » qui est sûrement devenu un de mes films préférés.


IB: en trois mots, comment pourrais-tu décrire ta musique.

Aérienne, sincère et corporelle ?


IB: comment trouves-tu l’inspiration pour tes textes. La musique arrive t-elle avant ou après le stade de l’écriture ?

Il y a toujours, à 98% du temps la musique, et après l’écriture. Ce sont deux moments bien différents. Pour la musique, je dois avoir une vraie disponibilité émotionnelle. Si je viens de vivre quelque chose d’intense, dont j’ai envie de parler, je ne pourrai pas composer pendant l’émotion. Il faut attendre une forme de digestion. Alors que dans l’écriture, plus je suis dans l’affect, que cela soit de la joie ou de tristesse, plus je pourrai faire corps avec le texte. Et l’inspiration vient globalement des expériences, mais beaucoup aussi de la littérature, de la poésie. Je fais des études de lettres en parallèle, et ça me nourrit. Je lis pas mal de poétesses en ce moment Sylvia Plath, Anna de Noailles, Anna Akhmatova… Ces femmes sont très inspirantes.


IB: comment abordes-tu la scène ? As-tu des habitudes particulières avant chaque passage ?

Je prépare un concert en méditant, je pratique le bouddhisme depuis toute petite : faire le vide des pensées intempestives, et se charger d’énergie super positive. Et avec mes musiciens, on se fait un gros câlin avant de monter sur scène. Le meilleur décompresseur de l’univers.


IB: toujours concernant la scène, peux-tu nous présenter les musiciens qui t’accompagnent sur scène.

Ils sont formidables ! Le plus ancien à mes côtés, c’est Jean-Baptiste Saez à la batterie. Il joue aussi dans Presque l’amour. C’est le grand sage de notre formation, le maître shiatsu. Après il y a Vanessa Eldoh, à la guitare. Elle est ultra créative, surtout que la guitare, c’est la seule partie que je n’écris pas, je suis toujours ravie de ses propositions. Elle a un projet qui s’appelle Wayne ! Et à la basse, il y a Billy Sueiro, qui est officiellement le plus drôle de nous tous, je crois. Van va m’en vouloir de dire ça, je crois qu’elle préférerait avoir la palme. C’est le guitariste de Griefjoy. Allez écouter tous leurs projets, ils sont vraiment supers !


IB: en ce moment, quels sont les artistes, les musiques que tu écoutes ?

J’écoute pas mal le nouvel album de Phoenix, ‘Ti amo’, le duo américain Sylvan Esso et notamment leur titre ‘Kick Jump twist’, j’aime aussi beaucoup Jack Ladder que j’ai découvert au concert de Weyes Blood (en tant que bassiste), écoutez son titre ‘Susan’, il est fou. Non mais en vrai, il y a mille autre choses… Dans le désordre, Angel Olsen, Sunset Rollercoaster, Pumarosa, Bon voyage organisation, Tops, Cléa Vincent, Molly Burch…


IB: si tu devais collaborer avec un(e) artiste.

À vrai dire, je trouve que les collaborations de proximité sont probablement les plus intéressantes. J’ai la chance d’avoir un entourage très créatif, et talentueux, et suis ravie de pouvoir expérimenter des choses avec eux ! Par exemple, mon frère Keyvan, est dans le cinéma d’animation, et j’aimerais énormément travailler avec lui un de ces jours sur un clip. Ma mère (Marie Leriche) est plasticienne, je collabore avec elle sur certains projets audio-visuels, en faisant des bande-sons. Et c’est une amie de lycée, photographe (Jade LeBloas), qui vient de réaliser mes nouveaux visuels. C’est très stimulant de se développer dans son environnement !

Photographe : Jade Lebloas
Collaboration stylisme : Marie Leriche Berga
Juin 2017, Paris

Après bien sûr qu’il y a des gens qui m’intéressent en dehors de ma famille et de mes amis. Par exemple, je suis très amoureuse du travail de la photographe Petra Collins, ou encore de l’artiste Miranda July. Musicalement, j’adorerais collaborer avec Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin. À bon entendeur…


IB: des petites infos croustillantes à nous dévoiler concernant ton prochain disque ?

Ce disque à venir a pris bien des chemins, mais aujourd’hui il a enfin trouvé sa voie ! J’ai écrit l’équivalent d’un album pour me rendre compte que l’ensemble était assez incohérent, et ressemblait plus à un terrain d’expérimentations qu’à un récit homogène. Et un jour, il y a eu comme un déclic, j’ai écrit trois morceaux d’un coup, et c’était une forme d’évidence, un condensé de toutes ces recherches. Du coup j’ai abandonné ce premier jet d’album, et suis repartie sur un nouveau. Je suis entrain de le produire, il devrait être prêt en septembre ! J’ai vraiment hâte de vous le faire écouter !


IB: quel est ton programme pour cet été et pour la suite ?

Et bien, cet album justement à finir de composer/écrire/produire ! Je chante également dans un autre projet, Nouvelle Frontière (venez les voir le 29 juin à l’Espace B), et on a aussi beaucoup de choses à enregistrer cet été. Ce sera donc deux mois très studieux, loin des palmiers et des rivages dorés !


IB: le mot de la fin…

On se retrouve le 9 juillet au Carreau du Temple ? Apportez-moi ventilo et bouteilles d’eau, il fait une chaleur tropicale !


Crédits photo: Manon Delalune & Jade Lebloas

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