Timothée Rousse, plus connu sous le pseudonyme d’ABSL, est un DJ et producteur de techno originaire de Nantes. Il est un des DJ résidents de BLOCAUS. Fondé en 2012, BLOCAUS donne son nom à un ensemble d’événements techno ayant lieu en France et à l’étranger et visant à rassembler au sein d’une même soirée des artistes émergents des scènes française et internationale. Également reconnu en tant que label et agence de booking avec en DJ résidents Anetha, Exal, AWB ou encore BLNDR, ABSL y sortira son prochain EP, K, le 29 septembre. À l’occasion de cette sortie, ABSL a accepté de répondre à nos questions.

Timothée, quand t’es-tu intéressé à la techno ? 

Dire que je me suis intéressé à la techno est un peu trop réducteur à mon goût, plus globalement on va dire que je suis tombé dans la musique électronique vers mes 12 ans avec la track ‘Come to daddy (pappy mix)’  du producteur britannique Aphex Twin. C’est peut-être un peu bateau comme réponse mais ce compositeur m’a vraiment montré une autre facette de la musique et m’a prouvé qu’on pouvait aller au delà de ce que je n’aurais jamais pu imaginer. La musique électronique te fait voyager et entendre des sonorités que tu ne pourrais entendre nulle part ailleurs. C’est cela qui m’a fait vraiment accrocher et m’a donné envie de me ré intéresser à la techno.

Quel artiste t’a donné envie de te mettre à la composition ? 

Je vais me répéter, mais Aphex Twin fait largement partie de mes influences. Après, je suis passé par différents styles de musique dans mes compositions. Il y a quelques années, j’écoutais beaucoup de bass music (post-dubstep etc.) avec mes potes de Scribe 71, et au même moment Blawan, grand acteur de ce style, a permis de donner un nouveau souffle à la techno en y apportant des aspects de la bass avec notamment la track “Chaste Down” produite avec Pariah sous leur pseudonyme Karenn. Ce son m’a tout particulièrement donné envie de produire de la techno à nouveau et par la suite et de montrer qu’on ne pouvait classer la musique dans aucun sous-genre précis, qu’on pouvait s’amuser avec sans limites.

Parle-nous de ta collaboration au sein de BLOCAUS. 

Ça s’est passé plutôt naturellement pour dire vrai, mon ami Exal, déjà résident à cette époque des soirées Blocaus, m’a introduit dans le collectif. Je pense que c’est important de travailler avec des gens que tu apprécies, ce sont eux qui te font avancer et te surpasser. Sinon, ça fait environ 6 mois que j’ai débuté avec eux et j’ai eu ma première date il y a peu, début septembre, pour les 5 ans de Blocaus au Dock Eiffel à Paris.

Ton nouvel EP s’intitule K. Quelle signification as-tu donné à cette lettre pour l’occasion ? 

Bon ça risque de paraitre un peu cheesy, mais c’est un hommage à ma meuf qui s’appelle Kim. J’ai voulu créer une musique qui représente l’amour que l’on se porte mutuellement. Quelque chose d’épique mais empreint d’amour et de bonheur. Après l’EP se nomme comme la track pour lui dédicasser et aussi pour péter plus haut que mon cul quand je parle d’elle ainsi que pour avoir moins de vaisselle à faire…

Les quatre morceaux de l’EP composent une atmosphère angoissante et pourraient faire partie de la BO d’un thriller.
D’ailleurs, ‘Sleepwalker Race’ évoque plusieurs films au titre quasi éponyme. T’en es-tu inspiré ?

Aahah, non pas du tout, je n’en avais d’ailleurs aucune connaissance, mais si le film me plait, je répondrai que oui dans le prochain ITW. Quand je nomme une track, je m’inspire souvent de ce qui m’entoure ou des connaissances que je viens d’acquérir ainsi que des sentiments / reflexions que j’ai à ce moment précis… A vrai dire, je compose souvent la nuit, et quand j’ai produit ‘Sleepwalker Race’, j’avais comme une sensation hypnotisante qui m’entourait quand le kick tournait en boucle, qui me donnait alors vraiment l’impression d’être dans un état proche du somnambulisme. Le nom en a découlé ensuite tout naturellement.

Comment construis-tu un EP ? Pourrais-tu nous décrire une journée typique de production. 

Alors je vais plutôt vous décrire mes nuits de production car c’est à ce moment là que je me mets à composer en général. Je suis un grand amoureux de la nuit, moment intemporel, moment tranquille, sans aucune présence, j’ai besoin de me mettre dans un cocon, dans une bulle et c’est donc le moment idéal pour débuter une nouvelle track. Je n’ai pas à proprement parler de schéma pour construire un EP, je produis sans réelle intention d’avoir un EP réfléchi de A à Z, je garde ça si je dois faire un album un jour. Tout peut m’inspirer, un nouveau synthé, une nouvelle technique et de là en découle une trame, une idée directrice que je vais exprimer dans mon EP. A partir de ce moment là je vois ce que j’ai envie de faire avec, je fignole toutes mes boucles (en sachant que je peux déjà passer minimum 6h dessus), et après j’écris l’histoire.

Est-ce que tu travailles mieux dans l’urgence ou as-tu besoin de temps ?

Je déteste travailler dans l’urgence, ça me bloque et me frustre.

Que fais-tu quand tu ne composes pas ou ne te produis pas sur scène ? 

J’ai un travail à côté, je bosse en friperie, et sinon je “digg” énormément et pas forcément de la techno, bien au contraire. J’aime beaucoup l’ “expérimental” et tout ce qui l’englobe, l’harsh-noise, le power-electronic, le post-punk, le drone, l’ambient, ou encore la musique concrète. En règle générale, beaucoup de choses des années 60 jusqu’à maintenant.

Parlons des remixes de I Hate Models et Sunil Sharpe, est-ce toi qui les as choisis ? Comment cela s’est passé ? 

Pour Sunil Sharpe c’est Farouk, l’un des trois créateurs de Blocaus, qui lui a demandé un remix. Je pense qu’il a apprécié mon travail et donc a accepté de collaborer avec moi sur cet EP.

I Hate Models c’était assez logique sachant que nous sommes amis de base et que j’apprécie particulièrement ce qu’il fait.

Tu as toi-même composé un remix pour I Hate Models. J’imagine quelque part que tu te reconnais dans ses productions, mais si cela arrive un jour avec quel artiste aimerais-tu former un duo ? Aujourd’hui en tant qu’artiste, comment souhaiterais-tu évoluer professionnellement ? Un club où tu aimerais jouer ? Un label sur lequel tu aimerais être signé ? Un artiste que tu souhaiterais voir remixer une de tes tracks ?

Concernant IHM, je ne dirais pas que je me reconnais dans ses productions mais c’est une musique dans laquelle je trouve mon compte. Je ne compose pas du tout de la même manière et on ne recherche pas la même chose non plus dans la composition. Lui est plus dans l’écriture de mélodies et de rythmiques et moi le travail qui me passionne est plus le travail des textures et du sound design. C’est aussi pour cela que j’ai trouvé intéressant qu’il travaille sur cet EP, pour connaitre une autre vision de ma track.

Si je devais faire un duo, l’idéal serait pour moi de trouver une personne qui partage mes aspirations, pas forcément connue, mais avec laquelle je pourrais évoluer et produire dans le même esprit et la même volonté. Après si mes fantasmes pouvaient être réalité, je rêverais de pouvoir faire un duo avec Ancient Methods, Blawan, Sawf ou bien Rrose ! A bon entendeur (rires)

Pour la suite, j’espère forcément prendre en maturité, diversifier mes sons et peut être créer d’autre projets qui me tiennent à coeur, comme par exemple produire de la musique expérimentale.

Après bon niveau club… le Berghain bien entendu ça me fait rêver ! Mais après un autre club dans lequel j’aimerais rejouer c’est Champ libre où j’ai vécu un de mes meilleurs moments en tant qu’artiste et danseur.

Je pense que R&S est un fantasme de gosses, mais il y a aussi des labels tels que Instruments of Discipline, Opal Tapes, Aufnahme + Wiedergabe, IDEAL, Hessle Audio (pour d’autres projets), Perc Trax et bien d’autres qui me donnent envie.

Si un artiste devait me remixer j’aimerais que ce soit ce bon vieux Samuel Kerridge pour qui j’ai une grande admiration.

Quels sont tes projets pour le futur ? Une exclu à nous dévoiler ?

J’ai pour projet de créer un alias avec une musique composée sur machine réfléchie pour le live. Une musique la plus en accord avec mon désir d’expérimentation et l’envie de faire danser les gens, sans que danser ne soit la priorité, mais plutôt ressentir.

Sinon pour plus tard, créer mon propre label mais pour sortir des albums plutôt que des EP destinés aux clubs est un projet auquel je réfléchis déjà depuis longtemps sans me précipiter. Signer des mecs inconnus qui ont un univers unique qui saura me foutre sur le cul, autant techniquement que sur l’originalité.

Plus d’informations ici : Facebook / Soundcloud

Interview par Lola Bergoin-Graziani et Chloé Grienenberger