Hebdo Culture #8: Dossier Spécial César

Ce Mercredi 13 Décembre ouvre la première rétrospective parisienne consacrée à César, porte-drapeau du nouveau réalisme, sculpteur versatile obsédé par la quête du matériau. 20 ans après sa mort, c’est le moment de célébrer la carrière de ce créatif, as de la récupération.



« J’ai eu plusieurs vies, plusieurs maisons, plusieurs époques. Je ne renie rien. Je demande seulement qu’il y ait plusieurs lectures : on y trouvera l’Académie, le besoin de renouvellement, le quotidien, le témoignage face à la civilisation industrielle, l’abstraction, la fascination des matières nouvelles, mon désir de remettre de l’ordre, mon besoin de détruire, de reconstruire. » – César

Originaire de Marseille, ville qui a vue sa mise au monde en 1921, César monte à Paris pour rejoindre l’école des Beaux-Arts où il côtoyât Giacometti et Picasso. Plongé au cœur de la scène artistique de Montparnasse et Saint-Germain-des-Prés, César oppose et relie classicisme et modernité. Ne pouvant se permettre les matériaux les plus nobles, favoris de ses maîtres Picasso et Rodin, le bronze ou le marbre, c’est très jeune que César débute sa quête du matériau, l’inutilisé, le malléable, celui qui se pliera à son désir de renouveau tout en louant son héritage. C’est alors qu’il réalise ses premiers “Fers Soudés” en forme de bestiaire ou de figures humaines et qu’il fait d’autant plus entrer l’industrie dans l’art avec les toutes premières “Compressions” dont il est le précurseur. César est la figure majeure de la sculpture du XXème siècle et en est un personnage incontournable. Introduction au parcours de cette rétrospective, à travers deux périodes: les “Fers Soudés” et les “Compressions“, qui ont fait la reconnaissance de l’artiste prolifique qui a produit depuis l’après-guerre jusqu’à sa mort en 1998.


Les Fers Soudés



Dès qu’il s’installe à Paris, César explore la figuration des classiques à travers les déchets métalliques industriels qu’il ramasse. Créant des sculptures animales ou dansantes faites de petits bouts de ferraille à sa disposition, il ne les présente pas dans leur nature même, mais les assemble, les soude, les modèle, change leur couleur par divers procédés, utilisant l’huile et différents niveaux de températures. Un alliage des matériaux qui offre un rendu organique et montre la dichotomie qui règne en maître dans le travail du sculpteur: l’industriel et le naturel.

Dans un héritage Duchampien il glisse vers une “abstraction” mêlant plaques de carrosseries accidentées et éléments de “ready-made”. La nouvelle accumulation, juxtaposition des éléments soudés ensemble forme un tout compact dont les éléments taillés et découpés dans la tôle viennent se détacher. César revient tôt vers la figuration en conciliant le moderne et l’antique. L’utilisation de matériaux résolument modernes et industriels, vient composer des sculptures de Vénus réactualisées, sans bras et sans têtes, comme des artefacts retrouvés par un travail archéologique.


Les “Compressions”



C’est alors qu’il est en visite chez un ferrailleur pour trouver de nouveaux matériaux que César rencontre les compressions. Il en ramena deux chez lui sans vraiment savoir qu’en faire. Il découvrira plus tard une presse géante capable de compresser une voiture entière. C’est alors que l’intellectualisation de l’objet fera son chemin et qu’il présentera trois compressions de voitures “Trois Tonnes” lors d’une exposition. Geste qui fit scandale dans les sphères critiques, mais qui poursuit le mélange industrielo-organique de César, puisque les voitures, comme les arbres qui composent le paysage naturel, composent elles, le paysage urbain.

Compressant dans sa suite “Championnes” les voitures-icônes de courses automobiles, César élève l’objet au rang d’art et inscrit son oeuvre en parallèle du Pop-Art américain de la même époque. Les icônes ne sont ici pas les stars ou les produits manufacturés immaculés, mais les déchets industriels mis au rebut. César est la consécration du sculpteur moderne dans ces sculptures, provoquant l’incompréhension à travers l’utilisation des outils et technologies de son temps. Ce versatile insolent s’est toujours replacé dans cette dualité de “tradition moderne”, d’héritage contre la révolution, César contre César, avec la matière au centre de son travail.


César la Rétrospective

Du 12 Décembre 2017 au 26 Mars 2018

Centre Georges Pompidou

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