S’il y a un duo parisien qu’on vous recommande de suivre en 2018, c’est sans aucun doute Karol Herse et Manuel Sene qui se produisent sous le pseudonyme Kas:st. Après avoir fait leurs débuts avec un projet house “Ka One” et “St-Sene“, c’est finalement la techno qui attire les deux amis. Ils ont créé leur propre label Flyance Records en 2014 et sorti un EP sur Concrete et Informa Records. Aujourd’hui le duo poursuit sa conquête du monde de la nuit. Entre la production et les gigs, on a quand même réussi à aller à la rencontre de Karol et Manu qui nous parlent de leur parcours, de musique, des hauts et des bas.


ItinéraireBis : Commençons par le début, comment s’est passé votre rencontre et quel a été l’élément déclencheur pour créer votre label Flyance Records ?


On s’est rencontré assez jeune, a l’époque de Myspace, on diggait et se partageait des sons d’horizons divers (house 90’s, liquid funk, jazz hip-hop, soul funk) mais toujours avec une dominante Deep, du coup on a très vite formé un petit groupe de passionnés et diggeurs de ce type de sons avec entre autre des potes qui se mettrons à sortir des disques bien avant nous, à savoir Jeremy qui a monté My Love Is Underground et Brawther. Puis quelques années, plus tard l’idée nous est venue de sortir notre musique, avec notre charte graphique et notre style musical propre, poussés par des potes à l’époque comme Jeremy , Brawther et les mecs de Rutilance qui s’étaient lancés un peu plus tôt.


IB : Vous avez commencé la musique sous deux alias house : « Ka-One » et « St-Sene ». Qu’est ce qui a provoqué ce virage techno ? 


On va être très clair là-dessus : on a été très déçus de l’évolution du niveau de la House music, et a contrario assez choqués de l’explosion du niveau de la techno moderne. Très vite, on a eu envie de produire de la deep techno, car l’émulsion et la recherche de nouvelles textures, sonorités, émotions, nous semblaient beaucoup plus riche et avant-gardiste qu’une House qui, selon nous, s’endormait dans une pale imitation de la Vraie deep house qui nous nous avait fait kiffer dans notre jeunesse ( Playin 4 The City, Kerri Chandler, Larry Heard, Wayne Gardiner, …). Du coup, en gros amoureux de la musique et de la production, on a dérivé naturellement et sans vraiment calculer vers la deep techno moderne.


IB : Aujourd’hui y a t-il d’autres styles que vous souhaiteriez explorer ensemble / d’autres alias à créer ? 


L’ambient tient toujours une place importante dans nos sorties, et on aimerait, avant la fin de l’année, sortir un album entier avec justement dedans des tracks qui représentent plus largement nos goûts musicaux, avec de la liquid funk, de l’abstract hip-hop, des musiques de films…


IB : Votre label vous a permis de propulser votre nouveau projet KAS:ST au devant de la scène. En 2018 que peut-on attendre comme sortie de votre part ? Et sur Flyance Records quels sont les artistes que vous souhaiteriez signer un jour ? 


Ecoute, on va rester assez discret là-dessus car nous prévoyons pas mal de choses mais sûrement dans une autre forme qu’uniquement des Eps régulier en vinyl. On essaye en ce moment de chercher d’autres moyen de diffusions de notre musique, car le marché du vinyl est sursaturé et inadapté a la consommation moderne de la musique, et en tant que gros boulimiques de musiques, on se dit qu’il est peut-être temps que la techno cherche d’autres moyens de diffusion. On n’estime pas normal et dommage pour l’évolution de la musique que certains Eps ou tracks mettent parfois plus d’un an à sortir…


IB : Fondé en 2014 le marché des labels ne devait pas être aussi « saturé » qu’aujourd’hui pourtant nombreux sont ceux à vouloir se lancer dans l’aventure. Quelles ont été les difficultés et quels seraient vos conseils pour monter un label ? 


Comme on le disait dans la réponse précédente et comme tu le dis, le marché du Vinyl est sursaturé. De notre coté on a pas eu beaucoup de mal depuis le début car on a eu la chance d’être bien épaulé par le distributeur Juno.  Mais les délais sont parfois aberrants et fatiguants. Le meilleur conseil qu’on pourrait donner à des passionnés qui veulent monter leur label c’est déjà d’être conscient de ces problématiques, car elles peuvent déstabiliser, on peut perdre beaucoup de temps et d’argent à vouloir sortir ce bel objet qu’est le vinyl. Et comme on le disait dans la réponse précédente, on pense qu’il faut être aux aguets sur les nouvelles formes de diffusions, et ne pas forcement les rejeter parce qu’elles ne correspondent pas au schéma classique. Pour beaucoup la techno est une musique d’avant garde mais fonctionne encore avec des moyens de diffusions bien archaïques. On trouve ça vraiment dommage.


IB : Être un duo doit avoir bien des avantages comme notamment mélanger ses influences et sa culture. Quels ont été les vôtres ? 


Le gros avantage que nous voyons (mais c’est particulier à nous peut être) c’est de ne pas partir dans tous les sens. Quand nous produisons nous sommes super enthousiastes et nous avons pleins d’idées qui fusent, et le fait d’être à deux nous permet souvent de se canaliser et de ne partir dans tous les sens au niveau créatif. Nous avons aujourd’hui une idée assez précise de la musique que nous voulons produire et explorer, le fait d’être à deux nous aide à ne pas l’oublier dans les moments créatifs.


IB : Tout comme il y a des inconvénients car ça ne doit pas être toujours facile de se mettre d’accord. Comment fonctionne votre duo que ce soit en studio / lors de vos performances ou sur la direction du label ? (Quel est le rôle de chacun ?)


On a la chance d’être super proches et semblables sur beaucoup de points, du coup on n’y voit pas trop d’inconvénients, à part peut-être pour nos copines qui trouvent qu’on se ressemble un peu trop maintenant. On se partage assez bien les tâches aussi, de façon naturelle, on n’y a jamais trop réfléchi mais comme on a les mêmes idées et envies, c’est assez fluide. En Live c’est simple, on a séparé strictement : l’un se concentre sur l’arrangement (quand faire les drops, quand reprendre, quand passer au morceaux suivant.) et la rythmique, et l’autre suit avec tous les leads, pads, et fx…


IB : Les émotions et la mélodie semblent être au coeur de votre travail. Pouvez-vous nous décrire une journée typique de production ? Comment composez-vous vos tracks et quels logiciels/machines utilisez-vous ? 


Effectivement, il est très dur pour nous de finir un track sans y mettre de l’émotion. On aime imaginer nos morceaux comme des voyages, partir d’un point et ne pas savoir où le trajet se termine.
Notre objectif n’est pas forcément de faire de la techno que pour être joué, mais aussi pour accompagner la vie moderne au quotidien, dans tout ce qu’elle a de complexe émotionnellement parlant. Pour la production nous sommes très attachés aux possibilités incroyables que proposent aujourd’hui les performances des ordinateurs, avec au centre de nos productions le logiciel Ableton. Pour notre Live nous rajoutons des machines car nous avons besoin de jouer en direct, triturer les fréquences, pour nous sentir maitre des émotions que nous voulons traduire au public.


IB : Vos deux premières sorties se sont fait remarquer et vous ont ouvert des portes. Vous avez dernièrement sorti un EP sur le label Concrete Music et une track sur une compilation Blocaus. À Paris y a-t-il des collectifs/labels qui vous ont davantage épaulé ? Quelle est votre relation avec Blocaus et Concrete ? 


Nous sommes depuis peu proche des mecs de Concrete, avec qui on s’entend très bien, humainement et musicalement parlant. On a un grand respect pour ce qu’ils ont accomplis pour la scène parisienne, et on est très content d’être sorti sur leur label en novembre dernier, et de jouer régulièrement sur le bateau.  Et Blocaus effectivement on est sorti sur leur dernier Various, on n’a pas encore joué dans leurs soirées mais on a de très bons rapports avec tout le crew, particulièrement avec Anetha et Awb avec qui on est très proches depuis cette année. Mais la famille principale reste les mecs de Taapion avec qui on a beaucoup d’affinités et qui nous poussent depuis qu’on s’est mit à produire de la techno.


IB : Une nouvelle année débute toujours avec plein d’ambitions et de rêves. Quels sont les vôtres ? (labels où vous aimeriez signer/clubs où vous aimeriez jouer/collaborations d’artistes…)


Notre ambition principale est de continuer à développer notre propre univers et notre propre son ; depuis le début on essaye d’aller dans cette direction et nous sommes agréablement surprit des feedbacks et support que nous recevons depuis le début de notre projet Kas:st. Au delà des labels sur lesquels sortir (ce qui a pour nous moins d’importance aujourd’hui), notre plus grand rêve serait d’être reconnu pour l’originalité de notre musique que nous sortons et lorsque nous nous produisons en Live.


IB : Et pour finir, pour 2018 avez-vous des exclus à nous dévoiler ?


Nous jouerons notre tout nouveau Live a Khidi (Tbilissi) le 2 Mars et pas mal d’autres dates en Live aussi qui suivent dans des gros clubs européens. D’autre part, nous remixons une grosse figure historique de la techno, sur son propre label, et ça sortira dans les prochains mois.